« La croix est une source de gloire et de salut : par elle nous vaincrons le monde, par elle nous gagnerons le ciel. »
Ces mots de l’abbé Michel Guérin, prononcés au XIXᵉ siècle, continuent de porter une force spirituelle étonnante. Le Père Michel Barrier, prêtre du diocèse de Laval, y reconnaît une parole à la fois exigeante et lumineuse : la croix n’est pas d’abord un symbole de douleur, mais le signe vivant de l’amour vainqueur.

La croix du Christ, et non une autre

« Quand j’entends parler de la croix, je pense immédiatement à la croix de Jésus-Christ », explique le Père Barrier.
De même que la crèche n’est pas n’importe quelle crèche, mais la crèche de Jésus, de même le tabernacle est le tabernacle de Jésus.

« La croix, c’est celle du Christ. Et dès lors, c’est quelque chose qui me concerne personnellement, car s’il a été sur la croix, j’y suis sans doute pour quelque chose. »

La croix devient ainsi un miroir intérieur, un lieu où chacun reconnaît sa propre part de responsabilité, mais aussi un espace d’espérance, car c’est le lieu où Dieu se donne totalement.

Montrer Jésus crucifié au monde

Pour le Père Barrier, la croix n’est pas seulement un signe à contempler, mais un visage à montrer.
Membre de la famille spirituelle du Prado, il se réfère souvent à son fondateur, le bienheureux Antoine Chevrier, qui invitait les prêtres à « montrer Jésus-Christ crucifié au monde ».

« Il ne s’agit pas seulement de porter sa croix, mais de la présenter, de la donner à voir, de la faire connaître. »

Le Père Barrier témoigne d’une expérience marquante : lors d’un rassemblement avec la Fraternité chrétienne des personnes handicapées, il avait disposé plusieurs crucifix sur une table.

« Tout le monde a reconnu dans la croix le signe de la souffrance. Mais une question a surgi : pourquoi l’appelle-t-on la Croix glorieuse ? »

Et c’est là que s’est révélée toute la profondeur du mystère chrétien :

« Parce que c’est la souffrance de quelqu’un qui est ressuscité. »

La croix glorieuse : signe de la résurrection

La croix n’est pas un point final : elle ouvre sur la lumière de Pâques.
C’est ce que le Père Barrier appelle « la Croix glorieuse » — celle du Christ relevé d’entre les morts, celle qui éclaire nos propres blessures et leur donne un sens.

« La croix n’est pas seulement la souffrance, elle est la victoire de l’amour. »

Cette conviction pousse le prêtre à s’interroger :

« Est-ce que je montre, moi-même, Jésus crucifié au monde ? »

Porter et montrer la croix

Le Père Barrier reconnaît ne pas toujours oser afficher la croix qu’il porte intérieurement :

« Je ne porte pas la croix pour être reconnu comme prêtre. Mais depuis quelque temps, j’ai glissé dans ma poche une petite croix, comme le Père Chevrier le demandait : une croix de dix centimètres, la croix de Jésus. »

Ce geste simple, discret, devient un signe d’évangélisation silencieuse.
Il ouvre parfois un dialogue, une rencontre, un questionnement.

« Montrer Jésus-Christ crucifié au monde, c’est une manière de le rendre présent, de rappeler que son amour nous rejoint jusque dans la souffrance et la faiblesse. »

La croix, signe d’amour pour le monde d’aujourd’hui

Dans un monde qui redoute la douleur et cherche à l’effacer, la croix garde une puissance paradoxale : elle révèle un Dieu qui ne fuit pas la souffrance, mais qui la traverse pour sauver.

« La croix est glorieuse, parce qu’elle porte la victoire du Ressuscité. »

Ainsi, la méditation du Père Barrier rejoint pleinement celle de l’abbé Guérin :
par la croix, Dieu se fait proche, l’amour devient visible, et le salut s’accomplit.
Montrer la croix aujourd’hui, c’est offrir au monde le visage du Christ vivant, celui qui transforme la douleur en espérance et la mort en vie.