Extraits sermons : Méditations de l’abbé Guérin
Sermon sur la chasteté (1832)
« Il faut soutenir bien des combats pour conserver la vertu de chasteté. La chasteté est une rose qu’on ne peut cueillir que parmi les épines ; mais que ces combats sont consolants puisque la chasteté a plus de mérite et de gloire que le martyre ! Les martyrs ont combattu peu de temps, mais les combats de la chasteté sont continuels. S’il faut du courage pour vaincre une fois le bourreau, il en faut davantage pour se vaincre toujours soi-même … Les âmes les plus chastes sont celles qui ont le plus de combats à soutenir, qui sont les plus attaquées de tentations… Faut-il s’en étonner ? Quel mérite aurait-on si l’on était sans tentations ? On ne peut être victorieux sans combats ni couronné sans victoire. Courage, âme fidèle, Dieu voit le fond de votre cœur. Plus la tentation est violente, plus Dieu est prêt de vous et plus il vous récompensera. »
Sermon sur la liberté chrétienne (1834)
En quoi consiste la liberté du chrétien ? Le vrai chrétien est esclave de son devoir et libre de toute passion. Soumis à Dieu et indépendant de tout le reste, attaché à Dieu seul comme à son père, il s’élève au-dessus du monde entier et règne sur lui-même. Alors que les hommes, jouets de mille erreurs, de mille opinions, flottent sans cesse comme des enfants, le chrétien, éclairé par la foi, soutenu par l’espérance, animé par la charité et monté sur le vaisseau de l’Eglise dont Dieu lui-même est le pilote, le chrétien est libre et calme au milieu des tempêtes…Alors que les hommes, esclaves de la coutume, se laissent entraîner dans le gouffre de la dépravation générale, le chrétien libre, appuyé par Dieu comme sur un rocher immuable, se rit de la violence de ce torrent qui ne peut même pas l’atteindre.
Sermon sur le péché (1842)
« Abstenez-vous de toute appartenance au mal » (1Th 5,22). Il n’y a qu’un seul et unique mal : le péché. Voilà la règle sûre et infaillible sur laquelle nous devons juger de tout ce qui arrive dans notre vie. Ainsi les afflictions ne doivent plus nous effrayer, nous devons même les regarder comme des biens, si elles deviennent pour nous des préservatifs du péché. Mais le plaisir, le bonheur temporel, deviennent pour nous des objets funestes s’ils nous conduisent ou nous disposent au péché… Il n’y a de mal en ce monde que ce qui est contraire à l’ordre et au bon plaisir de Dieu. Or rien ne nous conduit au souverain mal, rien n’est contraire à l’ordre et au bon plaisir de Dieu que le péché ; tout le reste ne put être mauvais en lui-même.
Sermons sur les moyens d’obtenir la paix (1853-1856)
« Si nous imitons la conduite de Jésus-Christ, nous aurons toujours la paix. Qu’elle est désirable cette véritable paix qui fait le vrai bonheur des hommes, la paix de Jésus-Christ. C’est une paix solide, durable, qui apporte joie et consolation. Voulez-vous la posséder ? Retenez ces trois avis :
Ne vous embarrassez pas des affaires dont vous n’êtes pas chargés et souffrez avec patience ce que vous ne pouvez empêcher.
Ayez soin de vous faire une bonne réputation par une conduite qui ne blesse ni ne scandalise personne, non pas pour garder l’estime des hommes mais en vue de plaire à Dieu. Puis laissez le monde dire de vous ce qu’il voudra. Dieu connaît le fond des cœurs.
C’est notre conscience et elle seule qui doit troubler notre repos lorsque le péché l’embarrasse. La paix du cœur est la compagne de la grâce. »
« Nous avons chacun nos défauts ; nous sommes bien aises qu’on les supporte. Il est donc juste que nous supportions ceux d’autrui… Chacun a ses défauts, tout le monde le dit, tout le monde en convient et personne ne s’en fâche… Vous n’êtes, dites-vous, ni libertin, ni injuste, ni vindicatif, ni avare, ni joueur, ni ivrogne. Ne vous en glorifiez pas : vous ne faites que votre devoir. Si vous aviez été mis à certaines épreuves, peut-être seriez-vous tombé dans ces fautes, et dans de plus grandes encore… Ne perdons jamais de vue les droits que notre prochain a sur nous. Il a droit d’exiger que nous pensions, que nous parlions, que nous agissions à son égard comme nous serions bien aises qu’on pensât, qu’on parlât, qu’on agît envers nous si nous nous trouvions dans le même état, dans la même position, dans les mêmes circonstances. »
Sermon sur l’amour de Dieu (1858)
Nous disons à Dieu que nous l’aimons de tout notre cœur. Nous avons raison de le dire, mais le disons-nous avec vérité ? Ne démentons-nous point nos paroles par notre conduite ? Qu’est-ce qu’aimer Dieu ? C’est le préférer à tout, c’est être prêt à tout souffrir, à tout perdre, même la vie, pour conserver sa grâce. Qu’est-ce qu’aimer Dieu ? C’est prendre à cœur ses intérêts et sa gloire. C’est être affligé de les voir offensés. Aimons Dieu d’un amour de plénitude, d’un amour de perfection… Si nous aimons Dieu, ne démentons pas nos paroles par nos œuvres. Préférons Dieu à tout. Vous l’aimerez par ce que sa miséricorde est éternelle. Si nous aimons Dieu, quelques péchés que nous ayons commis, ne désespérons jamais parce que la miséricorde de Dieu est éternelle. Préférons, oui, préférons Dieu à tout.
Sermon sur le signe de la croix (1858)
Le signe de la croix attire les bénédictions célestes. C’est pour cette raison que l’Eglise l’emploie sans cesse dans ses cérémonies… S’git-il de baptiser quelqu’un, de lui donner la sainte eucharistie, de le confirmer, la croix, cet emblème sacré de la victoire est toujours là. S’agit-il de bénir l’eau, le pain, le vin, l’huile, les autels, les maisons, les fruits de la terre ou quelque autre chose que ce soit, toujours on a recourt au signe de la croix. Il n’y a pas d’avantages que la croix nous procure. La croix est une source de gloire et de salut, par elle nous vaincrons le monde, par elle nous gagnerons le ciel. Ah ! Chrétien, prends bien garde d’en rougir. Malheur, mille fois malheur à quiconque est assez lâche pour ne pas oser imprimer sur soi le signe auguste de notre rédemption : il n’est plus chrétien.
Sermon sur l’éducation des enfants (1861)
Que penseriez-vous de parents qui, au lieu d’avoir soin de nourrir leurs enfants, ne se mettraient pas en peine d’en prendre soin ?… Ne les regarderiez-vous pas comme dénaturés ? Que faut-il donc penser des parents qui ne veillent pas sur l’âme de leurs enfants ? Parents, il vous est ordonné de veiller à ce que vos enfants aillent au catéchisme pour apprendre à servir le Seigneur, qu’ils fréquentent les sacrements… Mais conviendra-t-il bien de le leur commander quand ils verront que vous y manquez vous-mêmes ? Donnez le bon exemple à vos enfants, ils vous imiteront. Soyez donc comme les anges gardiens de vos enfants. Conduisez-les dans le droit chemin en y marchant vous-mêmes. Gardez leur âme comme la prunelle de votre œil. Apprenez-leur à connaître Jésus-Christ. Ayez soin de leur parler de ce divin modèle dans toutes les occasions.
Sermon sur la 8ème béatitude (1862)
Qu’est ce que souffrir persécution pour la justice ? C’est souffrir pour les intérêts de la gloire de Dieu. Il arrive souvent qu’en travaillant à la gloire de dieu, on soit exposé aux persécutions dans le monde. Il suffit quelquefois de vouloir le bien, de le procurer, de s’y consacrer pour essuyer mille oppositions, pour être en butte à mille contradictions, pour voir s’élever contre soi toutes les tempêtes et tous les orages. Le monde révolté, l’enfer déchaîné, tout s’armera de concert. Le zèle qu’on a pour le bien sera regardé comme un faux zèle. Celui qui procure le bien sera traité d’esprit outré, d’entêté, de visionnaire, de faux prophète. Il faut s’y attendre, c’est le propre de l’œuvre de Dieu d’être marqué du sceau des contradictions : le disciple n’est plus le maître.
Sermon sur la prière (1862)
« Chacun est obligé de faire l’aumône selon ses moyens et les besoins des pauvres. L’aumône n’est pas un simple conseil, c’est un devoir rigoureux. N’attristez pas le cœur des pauvres et ne différez pas de donner à celui qui souffre. Sans chagrin, prêtez l’oreille aux pauvres. Acquittez-vous de ce que vous leur devez, avec douceur… Donnez de bon cœur du peu que vous avez, vous souvenant que celui qui donne au pauvre prête au Seigneur et que le Seigneur lui rendra la récompense qu’il mérite. Plus les besoins des pauvres sont grands, plus on doit donner et plus on donne, plus sont abondantes les grâces que Dieu accorde car l’aumône fait trouver la miséricorde et la vie éternelle. Souvenons-nous qu’il est impossible, si les pauvres nous bénissent, que Dieu ne nous bénisse pas car c’est Jésus-Christ lui-même qui mendie dans la personne du pauvre. »
Sermon de l’Assomption (1867)
« Marie, vous montez au ciel, mais, de grâce, pensez à nous. Ne nous oubliez pas, pauvres et malheureux que nous sommes dans cette terre d’exil. Non, Marie ne nous oublie pas : d’un côté, le ciel pense à elle, de l’autre, Marie pense à nous. Qui pourrait exprimer la joie du ciel de voir Marie y monter ?… Dans ce moment sublime, le Père éternel reconnaît publiquement Marie pour sa fille bien-aimée, Jésus-Christ la déclare sa Mère, le Saint-Esprit la regarde comme son épouse et la Sainte Trinité la couronne comme la reine du ciel et de la terre. Marie est au ciel. Elle est notre avocate et notre protectrice. Mère de miséricorde, elle s’emploie efficacement par sa prière à obtenir notre salut. Adressons donc nos soupirs à cette Vierge bienfaisante et souvenons-nous qu’un enfant de Marie ne périra jamais. »
Sermon sur l’espérance – 1868
« L’espérance nous console dans tous nos maux et toutes nos peines. Elle nous soutient dans nos tentations et notre lutte contre le démon, le monde et nous-mêmes, elle nous détache de nous-mêmes et nous anime au service de Dieu. C’est l’espérance qui soutenait les saints dans leur vie cachée en Dieu et c’est encore elle qui soutient au milieu du monde cette multitude de justes de toutes les conditions et de tous les âges. Qu’ils sont heureux ceux qui espèrent en Dieu. Aussi ne nous désespérons jamais. Celui qui se confie en Dieu ne peut jamais périr. Ayons recours à la prière, elle est la clef du ciel. Disons souvent : mon Dieu, ayez pitié de moi. Sans vous, je ne peux rien. Avec vous je peux tout t c’est ainsi qu’en espérant en vous, O mon Dieu, en vous aimant, en vous servant, je peux croire un jour obtenir la vie éternelle. »