L’abbé Michel Guérin, curé de Pontmain au XIXᵉ siècle, a laissé à travers ses homélies, sa correspondance et ses paroles quotidiennes de nombreuses traces de foi et de sagesse. Ces mots, toujours actuels, continuent de nous inspirer. C’est à partir de l’une de ces paroles que le Père Cyrille Delort, prêtre du diocèse de Laval, nous propose aujourd’hui une méditation : « Il faut une humilité profonde : nous sommes des mendiants demandant une aumône. »

Le mendiant, celui qui a tout perdu

Être mendiant, c’est faire l’expérience du dépouillement. C’est n’avoir plus rien à soi, avoir perdu sa maison, parfois même l’estime de sa famille ou de ses amis, et dépendre totalement du regard et de la main des autres. Le Père Cyrille évoque des visages qu’il a connus en Birmanie, dans un village marqué par la guerre. Là, des familles ont tout perdu : maison brûlée, proches tués, travail anéanti. Ces hommes et ces femmes, autrefois dans une relative aisance, se sont retrouvés contraints de demander de l’aide à l’Église ou à leurs voisins. Humiliation immense, et pourtant, chez certains, une foi inébranlable subsistait. Une foi qui n’efface pas les larmes, mais qui nourrit une confiance totale en Dieu.

La prière du mendiant

Le Père Cyrille établit alors un parallèle : dans la prière, nous sommes tous des mendiants. Nous ne savons pas vraiment comment prier ; nous balbutions devant Dieu comme des enfants qui apprennent à parler.

La vraie prière consiste à se tenir devant le Seigneur tel que l’on est :

  • avec nos joies et nos peines,

  • avec nos péchés et nos faiblesses,

  • avec nos pauvretés cachées.

La prière du mendiant, c’est oser dire simplement :
« Seigneur, tout ce que je souhaite, c’est être avec toi. Voici mes soucis, voici ma vie : je la dépose entre tes mains. »

Un appel pour nous

Le Père Cyrille souligne un autre défi de notre époque : nous manquons de temps pour Dieu. Sollicités de toutes parts — par le travail, les écrans, les obligations — nous consacrons nos heures et nos forces à mille choses, mais que reste-t-il pour Dieu ?

Or, quand on aime, on donne du temps. Aimer Dieu, c’est choisir, même au cœur des journées les plus remplies, de lui consacrer un instant. Quelques minutes de silence, une parole de confiance, une présence offerte.

Cette citation est donc une invitation à revenir à l’essentiel. Et peut-être que ce que nous avons de plus précieux aujourd’hui, ce n’est pas l’argent ou les biens, mais le temps.

Alors, en mendiants, offrons ce temps à Dieu. Même quelques minutes, mais données de tout cœur, pour retrouver chaque jour la présence du Seigneur dans nos vies.

Car reconnaître que nous sommes des mendiants, c’est déjà ouvrir nos mains… et découvrir qu’elles se remplissent du don de Dieu.